• Les Ladakhis et les Baltis d'Inde

    Notre arrivée en Inde le 2 octobre ne fut pas aussi progressive et tranquille que nos changements de pays et d'aires culturelles jusqu'alors : n'ayant pas de visa pakistanais (qui ne peut être obtenu que dans son pays de résidence), ce n'est pas par la terre que nous sommes arrivés à New Delhi, mais par avion, depuis Urumqi en Chine... Ce fut donc un petit choc lorsque, fraîchement débarqué du nord du Xinjiang, que nous avons fait nos premiers pas dans la tentaculaire capitale indienne au climat tropical.

     

    Mais ce dépaysement fut de courte durée car quelques heures après notre arrivée à Delhi nous étions déjà dans un bus de nuit nous emmenant dans la petite ville de montagne de Manali qui, sur la route de l'est menant vers le Ladakh, est une étape obligée avant d'atteindre ce dernier. Le lendemain, le 4 octobre, soit deux jours après être notre atterrissage en Inde, nous arrivâmes à Leh, la capitale du Ladakh à 3500 mètres, dans cet environnement d'altitude sec et ensoleillé que nous avions déjà côtoyé dans les Pamirs, à 300 kilomètres de là.

     

    Avant d’arriver au Ladakh, nous imaginions aborder un monde assez monolithique et tranquille, peuplé exclusivement de ladakhis bouddhistes. Mais une fois sur place, l’omniprésence de l'armée et la vue des mosquées de Leh nous ont fait vite comprendre que le Ladakh n’est pas uniquement le joli petit monde bouddhiste présenté dans les guides de voyage, « le Pays d'entre les cols » étant particulièrement complexe et divers.  

     

    En effet, la complexité de cette région découle d'abord de son positionnement géographique, le Ladakh étant accolé au Pakistan et à la Chine, les deux ennemis historiques de l'Inde. L'armée indienne est d'ailleurs massivement présente, le nombre de militaires (environ 100 000) dépassant le nombre d'habitants. Les deux conflits d'après seconde Guerre mondiale qui ont crée les frontières actuelles, toujours contestées entre ces trois pays, ont d'ailleurs changés le destin du Ladakh. En effet, si historiquement et commercialement le Ladakh a toujours été tourné vers l'Asie centrale – Leh ayant été pendant des siècles une étape importante de la Route de la soie avant le Tibet – il regarde plus de nos jours vers les sous-continents indiens, ses habitants vivant notamment des nombreuses bases militaires, mais aussi du tourisme occidental et indien, qui s'est beaucoup développé ces 15 dernières années. 

     

    Le Ladakh est également complexe du fait des multiples ethnies qui le peuplent, qui sont principalement les Balti, les Ladakhis, les Zanskaris, les Dardes et les Argons. Les trois premiers peuples sont sino-tibétains, les Dardes sont aryens et les Argons un mélange de ladakhis et de cachemiris. La diversité est aussi religieuse, plus de 52% de la population de cet ancien royaume bouddhiste étant musulmane. La communauté musulmane est d'ailleurs elle-même très variée, comprenant des sunnites (les argons et une minorité de baltis), des chiites (les baltis et les dardes) et des soufis Noorbakchis (exclusivement baltis). Les bouddhistes, qui suivent la tradition tibétaine, sont quant à eux composés de ladakhis, de zanskaris et de dardes (appelés alors les Dogpas). Cette mixité religieuse se fait particulièrement sentir à Leh, les minarets des trois mosquées (deux chiites et une sunnite) retentissant à chaque appel à la prière, alors que les drapeaux de prière jonchent tous les lampadaires de la rue principale et qu'en fond se dresse le Palais de Tsemno, ancienne demeure des rois bouddhistes qui contrôlèrent la région jusqu'au XIXe siècle.

     

    Nous comprîmes donc assez rapidement que nous aurions besoin de temps pour bien appréhender le Ladakh. Nous sommes en tout et pour tout resté un gros mois dans ces terres d'altitude (de début octobre à début novembre), période encore ensoleillée et lumineuse, mais durant laquelle le froid commence à être piquant et les premières neiges à joncher sommets et cols. Ainsi, malgré le fait que les longues marches soient périlleuses à cette époque en raison des potentiels chutes de neige au dessus de 4000 mètres, la lumière est magnifique et la montagne peu fréquentée.

     

    Nous débutâmes notre temps au Ladakh par une immersion dans le monde des ladakhis bouddhistes, constituant notre premier contact avec la culture bouddhique. Pour commencer, quelques jours dans l'ambiance sympathique et cosmopolite de Leh ne furent pas de trop pour se retrouver avec un couple de parents venus pour une dizaine de jours au Ladakh, et se reposer après l'éreintant Urumqi-Leh.

     

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    Leh 

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    Drapeaux de prière et mosquée 

     

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     La monastère Namgyal Tsemno au dessus de Leh

    Puis, c’est avec tout une petite équipe, dix chevaux et nous quatre que nous partîmes une semaine pour un trek  dans des vallées parallèles à celle de l'Indus. Au départ de Lamayuru nous sommes allés jusqu'à Sumda Do, les magnifiques couleurs d'automne, les villages se préparant pour l'hiver et les monastères paisibles s’étant enchaînés tout le long de cette belle marche.

     

    Le troisième jour fut corsé, car le mauvais temps étant arrivé, nous dûmes gravir le Konzke la, le plus haut col du trek à 4925 mètres, sous la neige. Aussi, si nous passâmes le col, après avoir mené la caravane au travers des pentes dans 30 centimètres de neige, le staff – les deux « horsemen » (Tundup et Punsuk), le cuisinier et son aide (Tapa et Sub'ash) et le guide (Stak) – était fatigués, et la décision fut prise de ne pas passer le second à 4700 mètres du fait de la neige fraîchement tombée. L'itinéraire de remplacement nous fit donc descendre dans une vallée encaissée, pour remonter ensuite vers le monastère reculé de Sumda Chun, et fini à Sumda Do.

     

    Ce trek fut idéal pour commencer notre immersion au Ladakh, et c'est reposés et imprégnés du calme et de la spiritualité des monastères bouddhistes que nous rentrâmes tous les quatre à Leh avant le départ des visiteurs.

     

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    Monastère d'Alchi 

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    Lamayuru  

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    Prière des moines 

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    Le smartphone aidant 

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    Début du trek  

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    La neige arrive 

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    Départ pour le col 

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    Sumda Chemn 

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    Monastère de Sumda Tchun  

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    Au cours de cette marche, nos discussions avec Stack, notre guide mais aussi le vice-président de la « youth wing » de l'importante Ladhaki Bouddhist Association (ou « LBA »), nous ont montré que les bouddhistes n'hésitaient pas à défendre ses intérêts, notamment vis-à-vis des musulmans. Car si ces deux communautés vivent ensemble depuis des siècles, partageant la même culture et la même langue, et que pendant longtemps les mariages mixtes étaient choses fréquentes, leurs relations se sont dégradées ces vingt dernières années.

     

    En effet, depuis l'intégration du Ladakh à la Province du Jammu-e-Kashmir (« J&K ») au moment de la partition de l'Inde et du Pakistan en 1947 (le Ladakh comprenant avant cette date le Baltistan, qui est désormais sous administration pakistanaise), la communauté bouddhiste a commencé a s'inquiéter de son futur au sein d'une province composée à 98% de musulmans qui manifeste sa volonté d'indépendance ou de rattachement au Pakistan. La peur de se retrouver dans un État musulman poussa donc dès 1949 les leaders politiques bouddhistes, sous la houlette de la LBA, à plaider pour une autonomie complète du Ladakh vis-à-vis de la Province du J&K. Or, l'indécision des Ladakhis musulmans quant à l'avenir du Ladakh au sein du J&K (c'est-à-dire des Baltis et des Dardes) et notamment des habitants de Kargil (la deuxième ville du Ladakh, peuplée en grande majorité de Baltis chiites), voire leur volonté de lier leur destin à celui des Cachemiris, acta une certaine séparation entre les deux communautés. 

     

    Mais c'est surtout le « boycott » de la communauté musulmane par la communauté bouddhiste, décrété en 1989 par la LBA après des rixes entre jeunes musulmans et jeunes bouddhistes, qui scella la division. Pendant trois années, les bouddhistes stoppèrent toute activité économique avec les musulmans, d'abord avec les Argons sunnites qui tenaient la plupart des commerces de Leh, puis avec les Baltis chiites et soufis. Les membres de la communauté bouddhiste ne respectant pas le boycott se voyaient infliger des amendes par la LBA. Condamnée par le Dalaï-lama, la mesure ne cessa qu'une fois que le Gouvernement central indien eut promis à la LBA une autonomie renforcée du District de Leh au sein du J&K.

     

    Ainsi, pour essayer de mieux appréhender la réalité des relations entre ladakhis bouddhistes et musulmanes, nous décidâmes de nous rendre dans la vallée de la Nubra, peuplée à la fois de ladakhis bouddhistes et de baltis musulmans.

     

    Située au nord de Leh, nous avons accédé à la Nubra à pieds en traversant le massif du Ladakh, par le col Lasirmou La, à 5420 mètres. Le temps s'étant refroidi, cette marche fut plus hivernale que la précédente, et ayant sous-estimé le temps nécessaire pour atteindre le col, nous passâmes notre deuxième nuit à ce dernier, à plus de 5400 mètres. Puis, après une journée de redescente le long des torrents gelés, nous atteignîmes le village de Dok Goma à 4200 mètres, où nous nous reposâmes deux jours. Ce fut l'occasion pour nous de passer un peu de temps avec la famille de Tundup, rencontré alors que nous descendions du col,  qui vit à Dok avec sa femme, Lobzam Dolma, leur fille Sonam et leur petit-fils Tanzim, appelé affectueusement « Nono ».

     

    Les récoltes faites et le garde mangé rempli pour l'hiver, nous fûmes bien nourris, et nous reprîmes des forces à coup de namkin cha (le thé salé au beurre de yak), de puri (des galettes fries, d’origine indienne), de boudin frais, de Tekhun (une soupe des pâtes locales et des légumes frais) ou de Tchang (la bière locale à base d'orge). Car les ladakhis sont de bons cultivateurs et savent mettre à profit le climat stable et ensoleillé de leur pays, comme peuvent en témoigner les nombreuses terrasses qui entourent les villages, et même les jardins potagers qui prospèrent, sous-serre, au dessus de 4000 mètres.

     

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    Le Lasirmou La à 5420 mètres

     

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     Descente sur le glacier

     

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    Déjeuné au soleil 

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    Premiers échanges avec Tundup Paljor 

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     Lodzam et Nono 

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    Boudin maison

     Cinq jours après notre départ de Leh, nous atteignîmes enfin la vallée de la Nubra, qui impressionne par sa largeur et ses paysages désertiques, mêlant le gris des dunes de sables, le bleu de la rivière Nubra, et les chaudes couleurs d’automne des peupliers qui s'élèvent des immenses oasis s’étendant dans la vallée.

     

    Après être resté quelques jours dans la maison de Sonam à Diskit, la sœur de Tundup Paljor, notre ami de Dok, nous nous sommes rendus à Turtuk, un village balti se situant à moins de cinq kilomètres de la ligne de démarcation entre le Pakistan et l'Inde.

     

    L’isolement de Turtuk et sa récente ouverture au tourisme — intégré à l’Inde seulement depuis 1971 après la deuxième guerre indo-pakistanaise, le village se trouve dans une zone stratégique sensible — nous laissaient  penser que nous y trouverions une zone qui nous permettrait de mieux comprendre la région.

     

    Sans aucun doute, le village de Turtuk est l’un des plus beau village de montagne que nous avons eu l’occasion de voir. Il est situé dans une vallée profonde, en plein cœur du Karakoram oriental, et son climat tempéré — plus clément que celui de la vallée de l'Indus ­— ainsi que son altitude relativement basse pour le Ladakh — 3200 mètres ­— en font un endroit propice pour l’agriculture.

     

    Les cultures ne se trouvent pas dans la vallée, mais sur un grand plateau non visible depuis cette dernière, séparé de la rivière par une falaise d’une cinquantaine de mètres. Outre les incontournables céréales, on y trouvent de nombreux légumes (tomates, carottes, navets…) ainsi que des arbres fruitiers, principalement des abricotiers — les abricots étant ensuite séchés sur le toit plat des maisons. L’automne étant bien avancé, le temps n’était pas aux récoltes, mais à la préparation des champs pour l’hiver, et c’est dans les plats que l’on nous a servis que la richesse des cultures de cette extrême ouest de la Nubra se manifestait.

     

    Au delà du cadre, c'est aussi l'activité humaine débordante de ce village qui nous est apparue fascinante. On se croirait dans un monde fantastique ! A l’extérieur, les hommes sont peu présents, mais on voit partout ces femmes en groupe, aux habits couleurs pastels, fertilisant les champs avec sur leurs dos des hôtes remplis de purin; mais également les enfants qui jouent à une multitude de jeux : criquet, marelle, balançoire...

     

    Notre expérience dans ce village fut particulière car malgré le charme apparent de Turtuk, le contact avec ses habitants ne fut pas des plus aisés. Si nous discutions le soir avec la famille qui nous hébergeait, jouions un peu avec les enfants et explorions le village, nous sentions, de manière générale, une méfiance, voire une certaine hostilité de la part des habitants, et ce particulièrement lorsque nous sortions nos appareils photos.

     

    Après neuf mois de voyage et de nombreuses expériences dans des zones a priori similaires, nous ne comprenions pas pourquoi nous n’étions pas acceptés de la même manière qu’ailleurs. En creusant un peu, nous nous sommes rendus compte que certains ne respectaient pas les usages locaux et que du fait qu’il soit interdit de randonner dans les montagnes environnantes (la zone étant sensible), les nombreux visiteurs restaient dans le village parfois plusieurs jours. Aussi, en discutant avec les habitants, certains nous ont expliqué que les touristes n’hésitent pas à monnayer les photographies, donnant un stylo ou une barre chocolatée en échange d’un cliché. Ainsi, Turtuk nous a donné l’exemple d’un endroit longtemps préservé mais brutalement ouvert au tourisme.

     

    En restant plus longtemps à Turtuk nous aurions sûrement pu briser la glace, comme avec les Svanes en Géorgie où nous avions eu besoin de temps pour voir les portes s’ouvrirent et les langues se délier. Mais la Nubra n'étant accessible qu'une semaine avec un permis, et désirant retourner à Diskit pour voir un festival bouddhiste, nous sommes partis au bout de trois jours...

     

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     Vue sur le Karakoram

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    Le bouddha Matriya du monastère de Diskit 

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    Nubra style 

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    Turtuk 

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    De retour à Diskit le 31 novembre, nous assistions le lendemain aux danses pré-hivernales se déroulant au monastère de la ville, l’un des plus beaux du Ladakh. Ce festival rituel a pour objectif de chasser les mauvais esprits avant l’hiver. Il débute par une prière matinale où se réunissent l’ensemble les moines du monastère (leur âge allant de 4 ans à plus de 80 ans) pour continuer sur les danses l’après-midi.

     

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     Prière du matin

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    Début de la cérémonie 

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    Le 2 novembre, nous reprîmes la route de Leh, traversant cette fois-ci en voiture le massif du Ladakh, par le plus haut col carrossable du globe, le Kardhung La, à 5360 mètres. De retour à Leh, nous nous sentions un peu à la maison, ayant nos habitudes, quelques amis et notre chambre dans une des innombrables guesthouse de la ville.

     

    Nous ne pouvions cependant pas trop trainer, car la saison étant déjà bien avancée, nous devions prendre rapidement la route de Srinagar au Cachemire avant qu’elle ne ferme avant l’arrivée de grosses chutes de neige.

     

    Nous partîmes donc le 4 en direction de Kargil pour la première étape du voyage. Deuxième ville du Ladakh, peuplée à 90% de baltis chiites, et décrite dans les guides touristiques comme une ville étape bruyante et sans intérêts, la bourgade nous sembla pleine de vie et plutôt esthétique, enclavée dans une vallée entourée de hauts sommets.

     

    L’atmosphère y était particulière à cette époque de l’année, les habitants préparant la cérémonie de Muharam, ou l’Achoura, dédiée au troisième Imam, Hussein. Voir des drapeaux noirs élevés dans la rue principale et les multiples portraits des Ayatollahs Khomeyni, Khamenei (les deux guides suprêmes iraniens), ou d’Hassan Nasrallah (le leader du Hezbollah libanais), à plus d’un milliers de kilomètres de l’Iran, berceau du chiisme, était pour nous fascinant. 

     

    (Concernant l’Achoura, commémoration à laquelle nous avons assisté à Srinagar, vous en entendrez parler – inch’allah –  dans un prochain billet consacré au Cachemire).

     

    Et finalement, le 5 au petit matin, nous prenions un bus qui 24 heures plus tard nous fît arriver à Srinagar, capitale du Cachemire indien.

     

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     Le Khardung La

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     Kargil

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    Un alchimiste 

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     Début de l'Achoura, en hommage à Hussein

    Notre temps au Ladakh fut donc long, varié, remplis de rencontre et de paysages splendides. Ce fut aussi notre plus longue immersion en montagne, ayant passé plus d’un mois au dessus de 3000 mètres.

     

    Nous avons surtout beaucoup appris sur cette région unique, nous faisant prendre conscience qu’elle représente une zone tampon entre différents espaces, certains nous ayant accompagné depuis notre plongée en Asie centrale, d’autres prenant naissance, pour ne finir qu’en extrême orient.

     

    En effet, le Ladakh, s’il donne l’impression d’être de nos jours loin de tout, est en réalité une région clé, qui a vu déferler nombre de commerçants, de conquérants et d’influences au fil des siècles. La Perse, l’Asie centrale, le Tibet et les Indes s’y côtoient depuis longtemps et s’y sont mutuellement influencées.

     

    Religieusement, le Ladakh nous a semblé être la zone de rencontre la plus au sud entre l’aire musulmane qui part des Balkans, et l’aire bouddhiste qui finit au Cambodge et en Thaïlande. C’est pourquoi, si sa culture bouddhiste est profondément ancrée et structurante pour ses habitants, elle est loin de détenir le monopole.

     

    Ainsi, malgré les nombreuses questions que nous adressions aux Ladakhis au sujet des relations bouddhistes-musulmans, c’est le plus souvent la « langue de bois » qui a primé, et ce des deux côtés. Nous nous faisions donc servir par les habitants l’image d’un Ladakh pacifié et ouvert, sans que personne ne nous livre le fond de sa pensée. Or, il suffit de lire les nombreux commentaires se trouvant en bas de l’excellent article « Buddhist-Muslim Relations in Ladakh » (en cinq parties) pour se rendre compte que les choses ne sont pas aussi simples que ce que l’on a bien voulu nous laisser croire.

     

    Aussi, malgré la difficulté d’avoir de véritables témoignages sur les relations entre les deux communautés, la méfiance se manifeste souvent, et ce particulièrement du côté bouddhiste. Souvent, si les musulmans du Ladakh ne sont pas visés frontalement, les critiques pleuvent sur les Cachemiris ou sur les pakistanais…

     

    Cependant, en dépit des tensions de ces vingt dernières années, les liens culturelles, familiaux et linguistiques entre les deux communautés sont toujours profonds, et nous en fûmes les témoins au travers de plusieurs exemples : comme ces jeunes bouddhistes à Diskit nous expliquant qu'ils allaient parfois prier à la mosquée de Leh avec leurs amis musulmans, tout comme ils aimaient fêter noël avec leurs amis chrétiens ; ou cette jeune bouddhiste rencontrée dans le bus Leh-Kargil, qui vivant à Kargil, avait une sœur convertie à l’Islam mais aussi reconnue comme déesse bouddhiste par le Dalaï-lama. La diversité religieuse est donc intrinsèquement liée à l'identité du Ladakh et fait la fierté des jeunes.

     

    Enfin, les communautés bouddhistes et musulmanes du Ladakh semblent parvenir à surmonter leurs différences religieuses. La récente demande mutuelle de statut autonome des districts de Leh et de Kargil témoigne ainsi de leur souhait de rester du côté de l’Inde, et de s’unir face aux pressions venant des indépendantistes Cachemiris et du Pakistan.

     

    Au final, les tensions qui animent le Ladakh sont la conséquence d’enjeux qui leur sont extérieurs, à savoir la partition des Indes et le conflit Indo-Pakistanais qui s’en est ensuivi. 

     


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